Le Bulletin des Marketplaces

500M€ attendus. 2,3M€ récoltés. La taxe colis a raté

La taxe Shein/Temu était censée tout changer

👩‍🏫 Ce que tu vas apprendre dans cette édition :

  • Des chiffres bien en dessous de ce qui était prévu

  • Les raisons du fiasco

  • Les nouvelles lois qui arrivent en novembre

  • Mon avis sur le sujet

⏱ Temps de lecture : 7 minutes.


500M€ attendus. 2,3M€ récoltés. La taxe colis a raté

💌 Le Bulletin des marketplaces te permet de découvrir des astuces, des études de cas, des tendances, des outils et des conseils d’experts pour développer et optimiser ton business, améliorer ton référencement, et booster tes performances sur les meilleures marketplaces.

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En décembre 2025, je te parlais de la fameuse loi des colis à 1 €, qui devrait permettre d’améliorer la balance concurrentielle entre les vendeurs européens et les vendeurs asiatiques.

Bingo, nous avons eu les retours de cette fameuse loi et j’ai décidé d’en faire une newsletter, tellement c’est fascinant !

Le 1er mars 2026, la France a mis en place une taxe de 2€ par catégorie d’articles sur tous les colis importés hors Union européenne d’une valeur inférieure à 150€. Vise directement : Shein, Temu, AliExpress. Objectif déclaré : rééquilibrer la concurrence avec les commerçants européens et renflouer les caisses de l’État.

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Objectif financier annoncé : 500 millions d’euros sur douze mois, soit 41,6M€ par mois. Deux mois et demi plus tard, le directeur général des douanes a été auditionné par l’Assemblée nationale. Son chiffre : 2,3M€/mois.

Pas 41,6M€.
Pas 30M€.
Pas 20M€.
2,3M€. Dix-huit fois moins que prévu 🤦

LE BILAN CHIFFRÉ : LES PRÉVISIONS CONTRE LA RÉALITÉ

  • 2,3M€ Récoltés par mois (réalité)

  • 41,6M€ Attendus par mois (prévision DGDDI)

  • ×18 Facteur d’échec

  • – 93% Déficit de performance

500M€ attendus. 2,3M€ récoltés. La taxe colis a raté (illustration 3)

📌 Source : Florian Colas, directeur général des douanes, auditionné le 13 mai 2026 devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Les chiffres cités sont ceux déclarés officiellement devant les parlementaires

LES 3 RAISONS DU FIASCO

  1. La France seule

La taxe devait entrer en vigueur simultanément en France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg et Italie. C’était la condition sine qua non de son efficacité : boucher toutes les portes d’entrée simultanément.
À la dernière minute, quatre des cinq pays se sont retirés.
La France a quand même appuyé sur le bouton seule.

Résultat : les plateformes ont simplement redirigé leurs flux vers les aéroports de Liège et d’Amsterdam, deux des plus grands hubs de fret express en Europe, puis livré les colis en France par route, sans passer par la douane française.
La taxe ne s’applique qu’aux points d’entrée en France. Liège est en Belgique. Amsterdam est aux Pays-Bas.

  1. L’agilité logistique des plateformes : sous-estimée, catastrophiquement

Le gouvernement a calculé ses prévisions avec ‘l’hypothèse que les plateformes maintiendraient leurs flux habituels’, citation du DG des douanes lui-même.
C’est-à-dire : l’hypothèse que Shein et Temu ne chercheraient pas à optimiser.

C’est une erreur d’analyse fondamentale. Shein, c’est une infrastructure logistique de 500 000 livraisons par jour rien qu’en Europe. Ces acteurs ont des équipes dédiées à l’optimisation réglementaire. En moins de 72 heures, les flux étaient déjà en train d’être redirigés. En moins d’une semaine, la déportation était quasiment totale. Le stock d’entrepôts en Pologne, construit en amont précisément pour ce scénario, a servi d’amortisseur immédiat.

  1. La taxe ciblait les flux, pas la demande, et la demande n’a pas bougé

L’erreur de conception la plus profonde : croire qu’une taxe sur les importations freinerait la consommation. Les acheteurs français qui commandent sur Temu ne savent pas par quel aéroport arrive leur colis. Ils savent que le t-shirt coûte 3,40€. La taxe de 2€ sur la logistique n’est pas visible sur la page produit.
Elle ne change pas le prix affiché. La consommation de produits chinois a dépassé 5 milliards d’euros en 2025, en croissance.

Le prix moyen d’un article chinois importé est passé de 11,03€ en 2022 à 6,40€ en 2025. La moitié des produits commandés coûtent moins de 3,40€. Une taxe de 2€ sur des articles à 2€ aurait changé quelque chose, mais même ça, les plateformes l’auraient absorbé.

L’échec de la taxe petits colis n’est pas juste un fiasco budgétaire.
C’est un révélateur de trois réalités structurelles que les vendeurs marketplace doivent intégrer.

Première réalité : l’avantage concurrentiel des plateformes asiatiques n’est pas la TVA. Il est dans leur modèle de production ultra-court. Le prix moyen d’un article Shein est à 6,40€. La taxe à 2€ représente 31% de ce prix, ce qui aurait dû faire mal. Mais les plateformes ont préféré réorganiser leur logistique européenne (investissement lourd, une fois) plutôt que de répercuter la taxe (coût permanent). Cela révèle leur capacité d’investissement : elles absorbent une réorganisation logistique massive en quelques semaines.

Deuxième réalité : la régulation unilatérale est morte dans l’e-commerce mondial.
Un vendeur marketplace qui expédie depuis la Chine n’est pas contraint par les lois françaises, il est contraint par les lois des pays où il entre physiquement. Tant que l’Union européenne ne présente pas une frontière unifiée, chaque réglementation nationale est contournable en 72h. C’est précisément pourquoi la Commission européenne a accéléré ses propres dispositifs.

Troisième réalité : les vendeurs marketplace européens n’ont rien gagné. C’était pourtant l’objectif numéro un de la loi. Rééquilibrer la concurrence. Résultat : les prix chinois sont toujours là, la consommation n’a pas baissé, et en plus, des acteurs logistiques français ont été mis en chômage partiel, pénalisés par la perturbation des flux, pas par la concurrence qu’on cherchait à freiner.

Un gouvernement peut présenter des prévisions fiscales fondées sur l’hypothèse que des acteurs économiques puissants ne chercheront pas à optimiser leur situation. Ce n’est pas une hypothèse, c’est un vœu.

CE QUI ARRIVE : LE CALENDRIER JUILLET–NOVEMBRE 2026

L’échec de la taxe française n’a pas enterré le projet, il a accéléré la réponse européenne. Voici ce qui se profile :

  • 1er juillet 2026 : Droit de douane européen — 3€/catégorie

Entrée en vigueur au niveau UE d’un droit forfaitaire de 3€ sur tous les colis < 150€ hors UE. S’applique à tous les points d’entrée européens simultanément. La France pousse pour que ce soit la date définitive d’entrée en vigueur.

  • 1er novembre 2026 : Taxe UE 2€ cumulée — total 5€/catégorie

La taxe française de 2€ est remplacée par une taxe européenne de 2€, cumulable avec le droit de douane de 3€. Total : 5€ par catégorie d’article pour tout colis hors UE < 150€, applicable partout en Europe simultanément.

📌 La différence fondamentale entre la taxe française et la taxe européenne : en novembre 2026, Liège et Amsterdam seront dans le périmètre. Le contournement logistique ne fonctionnera plus. C’est la première fois que la régulation sera cohérente avec la réalité du commerce transfrontalier.

Qu’est ce que ça change pour toi, vendeur ?

Avec cette nouvelle taxe, tu devrais avoir un avantage concurrentiel partiel : +5 € sur chaque colis chinois inférieur à 150 €. Selon moi, ce n’est pas suffisant pour compenser l’écart de prix sur le mass market, mais ça reste quand même significatif à moyen terme.

Par contre, si tu importes des produits depuis la Chine, ça a un impact pour toi, parce que tu vas être directement concerné par cette taxe. Le modèle « drop shipping Made in China » devient moins compétitif face aux vendeurs stockant en Europe. cela devrait donc permettre de renforcer la position européenne sur le marché e-commerce, mais selon moi, les plateformes chinoises vont accélérer leur investissement en entrepôts européens.

On devrait donc voir une augmentation partiellement due à la répercussion de coûts logistiques. Leur marge d’absorption reste très large sur les produits qui sont inférieurs à 10 €, donc il reste à voir ce qui se passera. Je pense qu’ils vont pouvoir absorber cette hausse des coûts, et limiter donc la hausse des prix .

En gros : La réforme de novembre 2026 sera plus impactante qu’il n’y paraît sur les produits entre 15€ et 40€. C’est la zone de prix où 5€ de taxe représentent 12 à 33% du prix, ce qui peut rendre certaines références chinoises moins compétitives que l’équivalent européen stocké en France.

LA PROJECTION : CE QUI VA VRAIMENT CHANGER EN 2027

Novembre 2026 sera donc le vrai test par rapport à mars 2026, qui a eu très peu d’impact. On peut se le dire : la taxe française était une expérimentation ratée. La taxe européenne, elle, de novembre 2026, est une autre bête : coordonnée sur 27 marchés, applicable à tous les points d’entrée UE, cumulée avec le droit de douane de 3€. Si elle entre vraiment en vigueur à cette date sans fuite, ce sera la première régulation cohérente du commerce e-commerce transfrontalier depuis la création de l’UE. Elle changera mécaniquement l’économie du drop-shipping direct depuis la Chine vers les consommateurs européens, sans changer la demande de fond.

Je te donne mon avis perso : les plateformes asiatiques vont accélérer leur européanisation, et c’est ce qui risque de complètement changer le marché. Les plateformes comme Chine et Temu ne vont pas arrêter de vendre en Europe à partir de novembre 2026, mais risquent très certainement d’accélérer leur implantation logistique sur le sol européen, ce qu’elles font déjà massivement avec des entrepôts en Pologne et en République tchèque, ainsi que des partenariats forts avec la POS, DHL ou encore GLS.

Une fois que leurs stocks seront en Europe, la taxe ne s’appliquera plus.
Par contre, elles seront soumises à la TVA européenne et également aux règlementations produits (CE, marquage obligatoire, etc.), et même des contrôles douanier à l’entrée des marchandises en vrac, et pas à la sortie.

La vraie opportunité dans cette histoire pour les vendeurs en market place, c’est située dans un corridor de prix entre 15 € et 50 €. Dans ce corridor de prix, la qualité perçue, les délais de livraison, le service client et la note produit font la différence. La taxe de 5 € effective en novembre renforcera cet avantage.

Pour un vendeur français ou européen, c’est la zone à défendre et développer, pas en jouant sur les prix, mais en jouant sur la confiance entre toi et l’acheteur

C’est tout pour moi.
À la semaine prochaine.